Vendredi 5 novembre 2010

     Ce matin, nous avons rendez-vous à 9h45 dans le hall de l’hôtel pour le départ. C’est bien, pour l’instant c’est raisonnable comme horaires. On nous avait habituées à pire. N'empêche, c'est pas la super grande forme : j'ai bien bien mal à l'épaule, et j'ai dû taxer les décontractants musculaires de Marylise. C'est bien la peine d'être allée voir l'osthéo dix jours avant de partir.
XD1_ 125Nous descendons à pieds jusqu’à la Plaza San Martin (le héros), puis l’horloge des anglais où nous attendent Daniel et ses bicyclettes orange. Car ce matin, c’est City Tour en vélo. Et puis ça tombe bien, parce qu'il fait un magnifique temps printanier. XD1_ 132Allez, chacun s’équipe d’un casque (Le mien est BEAUCOUP trop grand. Heureusement, celui de Bernard est BEAUCOUP trop petit ! Ce qui  nous permet de procéder avec succès à un échange standard), règle la hauteur de sa selle et donne un coup de pédale… Ca fait combien de temps que j’ai pas fait de vélo ? BEAUCOUP trop longtemps pour ne pas être ridicule. On dit toujours « c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. », on va pouvoir vérifier tout de suite ce merveilleux adage sensé nous mettre en confiance.
Tandis que Raymonde et Charlotte ont choisi l’option taxi pour nous rejoindre aux arrêts-visites, nous partons sous un soleil magnifique, en file indienne sur les pistes cyclables, essayant de ne pas perdre Daniel de vue – revêtue du maillot jaune de circonstance, Christiane réussira à faire toute la course dans sa roue – et négociant les feux rouges avec brio (mais sans bulk – private joke).
- Vas-y c’est vert !
- Non, c’est… il est où le vert ? Ah, oui, t’as raison.
Oui, il faut juste s'habituer à la signalisation de Buenos Aires. A savoir : quand le décompte du feu piéton commence, soit vous avez intérêt à courir très vite, soit il vaut mieux rester de son côté de la chaussée, sous peine de se faire découper en rondelles.

XD1_ 134Daniel nous emmène d’abord au parc des Nations Unies où trône au milieu d’un bassin une immense fleur de métal. Il paraît qu’avant, elle s’ouvrait et se fermait avec le soleil, mais que le mécanisme a rendu l’âme en même temps que son architecte.

Deuxième stop dans le quartier de Palermo, où Gérard filme une séquence « Tour du rond-point » digne de Jacques Tati, avant que notre guide ne nous entraîne dans une visite commentée des ambassades. Il a dit qu’à chaque ambassade, il fera tinter sa sonnette et annoncera le nom du pays… Sauf qu’à la deuxième, il nous a déjà semés. Il ne reste plus qu’à se repérer aux drapeaux… Va falloir que je bosse encore un peu mes drapeaux, moi. Allez, il est temps de se lancer dans la folle circulation pour rejoindre le jardin zoologique de Palermo. Jusqu’ici, les pistes cyclables, XD1_ 141c’était de la petite bière. Maintenant qu’on maîtrise mieux les bêtes, on peut affronter le vrai bitume. Et les automobilistes ne font pas dans la dentelle. Heureusement, le parc que nous atteignons est plus protégé. Il reste juste à zigzaguer entre les joggers, les rollers, les promeneurs de chiens (ca c'est un métier !), et admirer les roseraies et les pédalos. Un peu plus loin, le jardin botanique est déjà plus calme. Là, nous faisons une pause alfajoras et mate. Ce qui mérite une petite explication :

Alfajoras : double biscuit fourré au dulce de leche (qui n’a pas été inventé par les argentins, non) et enrobé de chocolat. C’est bon pour le cholestérol, ça (Oui, je viens de faire mes analyses). C’est la gourmandise nationale.

Mate : rien à voir avec le maté de coca du Pérou. Ici, il s’agit d’herbes que l’on verse dans une sorte de tasse bombée, ou de calebasse prévue à cette effet, et que l’on recouvre d’eau chaude. On plante dans la mixture une paille métallique munie d’un filtre, par laquelle on va aspirer le liquide ainsi infusé. Quand il n’y a plus de liquide et qu’il ne reste que la masse végétale, pas de soucis, il suffit de rajouter de l'eau. La tasse passe de main en main, il paraît que c’est convivial, et que c’est la boisson nationale… En attendant, on a un peu l’impression d’infuser les résidus de tonte de pelouse.

De mon côté, j’en profite pour faire une pause « entretien du réseau » : ce matin, j’avais sur le portable un message d’une société nîmoise avec qui j’avais passé des entretiens pour des missions sur la région. Ah ben voilà, ils avaient justement une mission à me proposer. Dommage que je soies loin. Bon d’accord, et dommage aussi que je soies en poste. Mais ça fait plaisir, et on sait jamais, ça pourra servir plus tard.

XD1_ 144Retour à la circulation, entre bus, taxis et feux. Il va falloir appuyer dur sur les pédales pour ne pas se faire tailler un short. Et voilà la petite montée du tour : celle qui conduit au cimetière de la Recoleta, que nous allons visiter, ne serait-ce que pour voir la tombe d’Evita (Eva Peron, icône nationale, « Don’t cry for me Argentina », etc…), dont le destin de la dépouille mortelle fut au moins aussi mouvementé que sa vie. Mais ne rentrons pas dans les détails sordides.

Nous repartons bientôt vers notre point de départ, l’occasion de quelques petites frayeurs avec les feux et d’une course avec Gérard… oui, quand on n’est qu’au début du carrefour avec une avenue à deux fois trois voies, et que le feu piéton passe au rouge, ça peut provoquer une petite montée d’adrénaline. Passer entre voitures, bus et camions, c’est pas mal aussi. C’est bon, je peux désormais affronter les vélibs parisiens sans soucis. J’ai fait mes armes à Buenos Aires, moi, Madame !

XD1_ 158Après avoir déjeuné tous ensemble dans un petit restaurant de San Telmo, le groupe se sépare, et Mp et moi décidons de retourner vers Puerto Madero pour visiter la fragata Sarmiento, un vieux voilier qui servit de navire école à la marine argentine, fit quelques fois le tour du monde, est allé jusqu'en antartique, et est aujourd’hui amarré dans l’un des bassins des anciens docks. Sympa la visite. dommage qu'il y ait une école qui visite en même temps que nous. Ca se pousse même pas pour laisser passer. Pourtant, on  a bien travaillé notre "Pardon!" et notre "Disculpe!"
Un peu plus loin, la corveta Uruguay a vécu le même destin, mais il semble qu’elle soit fermée. Puis nous remontons à pieds par l’avenue Corrientes jusqu’à l’obélisque, assez moche, mais qui est l’occasion d’une photo contre-plongée en dédicace à notre Lolotte. Devant les théâtres, coup au cœur : derrière les gens qui font la queue au guichet, une grande affiche de Jaïro.XD1_ 178
- Tu te souviens de Jaïro ?
- Attends, ça me dit quelque chose. Oui, c’est mon enfance, ça. Mais il chantait quoi déjà ?
- Je me souviens pas…
- Si ! Les jardins du ciel ! « On est arrivés dans les jardins du ciel. J’ai marché pendant mille années… »
- Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! Ca y est !
- Bon, photo obligatoire.
- Moi ce qui m’a marqué, surtout, c’est ses dents.
- C’est pas faux…
XD1_ 181Fin de la minute groupie. Petit détour par le Teatro Colon, de belle facture. Dommage qu’il soit fermé depuis plus d’un an pour travaux. J'aurais bien aimé voir l'intérieur.

De retour à l’hôtel, une bonne douche est de rigueur avant de nous rendre tous ensemble au Tango show. Il faut bien le dire, on a aussi profité du wifi pour retrouver les fameux jardins du ciel et se l’écouter en boucle pendant une demi-heure. D’ailleurs, je ne résiste pas à l’envie de vous en faire profiter :

Ce soir, nous assistons à un dîner-spectacle au théâtre Piazzola. Le décor est super sympa, le spectacle superbe, mais il faut bien le dire, le chanteur plein de mimiques de crooner séducteur caricatural nous a fait attraper un joyeux fou-rire. Et puis j’ai plus accroché à certains numéros qu’à d’autres. Par moments, je n’ai pas pu empêcher mes yeux de se fermer et il a fallu lutter. Mais apparemment, je n’étais pas la seule dans ce cas. Certains ont carrément dormi (par charité, je ne citerai pas de noms). Quand à Mp, un instant j’ai cru qu’elle dormait les yeux ouverts, tant elle était immobile. Non, en fait elle était fascinée. Alors que moi, j’étais fatiguée. Vivement mon lit, même sans double-vitrage dans la chambre, et de préférence en évitant les gars louches qui ont bien essayé à nous suivre pendant le retour à l’hôtel.