Mardi 16 novembre 2010

     Réveil à cinq heures. Mon épaule m’a bien fait souffrir dans la nuit, mais ça va un peu mieux. Le petit mélange paracétamol/relajante muscular devrait y être pour quelque chose. Et me voilà en bas pour le petit déjeuner après avoir vidé ma chambre. D’un côté le sac à dos paré pour l’aventure, de l’autre la housse avec tout le reste de mes affaires : super léger, dites-donc. Désormais, c’est décidé, je ne partirai qu’avec la housse !

Le groupe des marcheurs embarque à six heures et demi dans le bus. Sont de la partie : Paul et Marylise, Lilianne et Gérard, Christian, Christiane, Michel, Sylvie, Nico, MP et moi. Le reste du groupe, Charlotte, Bernard, Isa, Raymonde, Hélène et Raymond, dorment encore. Eux ils partiront dans un moment pour l’excursion à Puntas Arenas. De notre côté, nous voilà en route pour trois jours de marche dans le parc national de Torres del Paine. L’un des plus beaux et des plus sauvages de la Patagonie chilienne (Y’a des pumas !). Rendez-vous dans trois jours... Ou pas.

XD1_ 853Le trek démarre de l’autre côté du lac Pehoe, au refuge de Paine Grande où nous emmène un bateau. Les eaux du lac sont d’une couleur turquoise étonnante, un peu laiteuse. On dirait de l’adoucissant (genre Cajoline fraîcheur des Alpes). Sur le bateau, trois gouttes de pluie s’invitent à la balade. Aïe ! On avait pourtant espéré.

XD1_ 865Au refuge, on vend des t-shirts, dont un qui me tape dans l'oeuil : un puma poursuit un randonneur avec la légende suivante : "Patagonian Fast food". Excellent! J'ai trouvé des cadeaux à ramener, là. Mais est-ce bien judicieux de les acheter maintenant alors qu'on doit crapahuter trois jours? Allez on les retrouvera bien à l'arrivée.

Daniel sera notre guide local pendant ces trois jours. Dernières vérifications avant le départ : tout le monde empaquète son sac dans des grands sacs poubelle pour garder les affaires au sec.

XD1_ 868Il faut dire que les rayons du soleil alternent rapidement avec les nuages et quelques gouttes. Nous attrapons un chemin qui s’élève doucement en longeant le massif montagneux et offre une vue magnifique sur le lac, les buissons d’un rouge flamboyant et les « tours », ces masses granitiques qui se dressent au-dessus de nous, tantôt révélant leurs étonnantes couleurs dans la lumière du soleil, tantôt noyées dans le brouillard.

A treize heures, après avoir traversé un pont suspendu au dessus du torrent (pas plus de deux personnes à la fois, sinon ça tombe), nous faisons halte au campo italiano pour déjeuner. Le temps s’est couvert un peu plus (si, c'est possible) et il commence à faire froid, d’autant que le vent s’est mis de la partie. Avec MP, nous sortons petits pains et cream cheese, fruits et chips, mais pas évident de manger tranquille quand les capes de pluie volent autour de vous. Et puis les doigts commencent à s’engourdir. De toute façon, il est déjà temps de repartir. Normalement, on doit s’enfoncer dans la vallée du français, derrière nous, première branche du mythique circuit en W de Torres del Paine. L'itinéraire mène d’abord à un premier mirador, puis une bonne heure plus tard à un deuxième qui doit offrir une belle vue sur les tours.

XD1_ 881Il y en a bien pour cinq heures aller-retour. Et compte-tenu de la météo, il n’y aura peut-être pas grand chose à voir. Perso, j’ai le dos et l’épaule qui dégustent bien (je veux ma ration de calmants !) et la tente pèse un peu. Je rejoins donc Sylvie qui a décidé d’aller directement au refuge où nous devons passer la nuit. Nico nous accompagnera. Paul, Marylise, Michel, Christian, Christiane, Lilianne, Gérard et MP laissent leurs sacs sur place et suivent Daniel dans la vallée.

XD1_ 886Nous nous acheminons donc d’un pas tranquille vers le refuge, tout en profitant du paysage. Le temps de faire quelques photos, et la pluie nous rattrape, ainsi que le vent. Et ici, les rafales c'est pas pour les lavettes. Ma cape de pluie ne résiste pas aux branches et n’est bientôt plus qu’une loque de faible utilité. En plus, elle m’empêche de voir où je mets les pieds. Et les bâtons de marche que j’ai empruntés à Hélène me gênent plus qu’autre chose en m’empêchant de me ré-équilibrer – non, je ne râle pas, je relate les faits –. Les bâtons de marche, il paraît que c’est une question d’habitude. En attendant, c’est pas mon truc.

XD1_ 892Nous descendons sur la rive du lac Nordenskjold - celui qui arrive à le prononcer correctement du premier coup gagne un filet garni - où les rafales de vent sont de plus en plus violentes. Là, je comprends ce que Nico voulait dire : « quand tu entends la rafale arriver, tu n’as qu’une chose à faire : te mettre en boule, dos au vent, et attendre que ça passe ». Sinon, on risque de rouler le long de la plage jusqu’à l’eau. Et il paraît qu’elle n’est pas chaude. Nous arrivons finalement au refuge qui domine le lac vers seize heures. Il pleut, il fait soleil, on ne sait plus que penser. Mais comme on dit, après l’effort, le réconfort. Alors avec Sylvie, on a vite trouvé le bar et pris un truc à boire, au chaud à l’intérieur. Le seul hic de l’histoire, c’est que le refuge, on n’a pas le droit d’y entrer en chaussures. Il y a donc tout un amas de chaussures de marche devant la porte, dans lequel il faudra retrouver les nôtres en sortant. Et à l’intérieur, ça sent un peu les pieds et les chaussettes mouillées.

Nico renvient après avoir réglé notre séjour. Il n’y a plus de place dans le refuge. Il va donc falloir monter les tentes. Ah, et puis, quand on campe, normalement on n’a pas accès aux sanitaires à l’intérieur, alors il faudra utiliser ceux qui donnent dehors, sur la face arrière.

Après avoir trouvé un emplacement à peu près convenable – et c’est pas peu dire, parce qu’il faut savoir se caser dans les recoins, ici – je commence à déballer la fameuse tente, dubitative… Euh ça se monte comment, ce truc ??? Moi, si c’est pas une patrouille six places, j’ai un peu du mal. Mais à force de concentration, de réflexion et de déduction, je finis par trouver le truc.

XD1_ 895Ah tiens, il manque les fils pour les tendeurs du auvent. Pas grave. On va bricoler avec de la ficelle et des nœuds marins (je vous ai dit que j’avais été scout ?). Justement, je termine le montage, assez fière de moi, il faut le dire, lorsque je vois MP apparaître au détour du chemin. On attendait le groupe beaucoup plus tard, mais finalement, il n’ont pas été jusqu’au bout parce que côté temps, c'était franchement pas ça.
Et voilà le vent qui se lève sérieusement, cette fois. Au milieu des buissons on devrait être un peu plus à l’abri du vent que certains autres. Par contre, à l’intérieur, la place se fait rare… et c’est un peu en pente. Mais bon, à cheval donné, on ne regarde pas les dents, paraît-il.

Maintenant, occupons-nous du problème sanitaires : une rapide visite à ceux du camping nous a définitivement convaincus qu’il allait falloir ruser. Non, les amas de terre noire qui passent sous les portes des douches et des WC poussés par le vent, c’est définitivement pas possible. L’air de rien, un flacon de gel douche, une brosse à cheveux et une petite serviette planqués sur nous, nous allons squatter les sanitaires intérieurs. Surtout qu’on aurait tort de ne pas en profiter, vu le peu d’affluence. L’eau est chaude, c’est un régal.

XD1_ 908Dehors, c’est la tempête. Voilà qui achève de nous convaincre que nous avons bien eu raison de profiter du repas au gîte. La cuisine est excellente, jusqu’au dessert, et il fait une chaleur bien agréable. A vingt-deux heures, nous retournons à nos tentes, en utilisant la technique de la mise en boule pour résister aux rafales. La tente a l’air de tenir le coup. Pas comme celle de Lilianne et Gérard qui s’est déchirée. Pour l’instant, ça va, il ne fait pas trop froid. Nous nous glissons dans nos sacs de couchage, et là, surprise : le mien fait de la lumière ! Si si, je te jure MP. Regarde ! Apparemment, c’est l’électricité statique due au contact entre le duvet et le sac à viande en soie qui provoque ça dès que j'y touche. Gros fou-rire.

Il semblerait que nous ne soyons pas les seules à nous marrer : à côté, je ne sais pas ce qu’ils se racontent, Sylvie et Nico, mais ça n’arrête pas. Bon, faudrait voir à baisser d’un ton là, les jeunes !