Mercredi 17 novembre 2010

     Terrible, cette impression de ne pas avoir dormi. En fait, je crois que j’ai PAS dormi. Un vent violent a soufflé toute la nuit. On entendait très distinctement les rafales arriver sur nous, comme si ça avait été un train. Et là, on se demandait : c’est pour nous ou pas ? Avec un peu de chance, on les entendait passer à côté. Et si c’était pour nous, la tente se mettait soudain à vibrer violemment, au risque d’être arrachée. Heureusement que le tapis de sol était d’un seul tenant avec la toile et qu’on était sur le tapis de sol ! Et toujours cette sourde angoisse : « j’ai laissé mes chaussures sous l’auvent. Vais-je les retrouver au matin, ou auront-elles été disséminées aux quatre vents ? » J’aurais l’air maline sans chaussures pour les deux jours de trek restant !

Bref, je peux dire que malgré mes années de scoutisme et pas mal d’orages affrontés sous tente, je n’avais jamais rien vécu de pareil.

XD1_ 911A 7 heures, nous nous habillons péniblement. MP sort la première : il y a une toile de tente au milieu du chemin. C’est normal ? C'en est un qui a eu moins de chance que nous. En tout cas, nous on a été efficaces : les chaussures sont toujours là. Je m’achemine péniblement vers les sanitaires, où sont déjà tous nos compagnons de route, en train de déjeuner en luttant désespérément contre le vent. A voir les têtes et à entendre les ronchonnements matinaux, il semble que personne n’ait bien dormi. Ca râle même sec. Pourtant, les tours sont belles, ce matin. Ca devrait suffire, non?

Débarbouillage à l’eau froide, et là, il faut jouer des coudes pour conserver sa place devant le lavabo. On dirait qu’il y a une allemande qui veut s’imposer. M’en fous. De toute façon, sans mes lentilles j’y vois rien, alors je peux d’autant plus faire celle qui ne s’est aperçue de rien.

Après avoir fini les sacs et replié la tente (dans le sens du vent), j’emballe mon sac à dos dans la cape de pluie et nous rejoignons le groupe déjà paré au départ. Sauf que moi, j’ai pas déjeuné. Et quand j’ai pas déjeuné, faut rien me demander. Pas question de partir le ventre vide. Je sors donc mon petit pain, du gouda et une barre de céréales et je me pose sur un tronc en les laissant discutailler. Pas question de me prendre la tête.

XD1_ 912Non mais, ils sont tellement pressés qu’on est partis sans attendre le guide ! C’est pas possible ! On a un train à prendre ou quoi ? Pourtant, si je ne m’abuse, l’étape du jour c’est Los Cuernos – Campamento Chileno. Soit environ 11 kilomètres de chemins, de torrents et de tourbières. Pas un rail à l’horizon.

Profitons donc des magnifiques paysages et des panoramas sur les lacs, glaciers et prairies d’altitude. Ca vaut vraiment le déplacement !

XD1_ 921Après la pause déjeuner en ordre dispersé, nous reprenons les sentiers et je mène allègrement le peloton … de queue, avec Christiane, Marylise, Paul et Christian, ainsi que Danny, notre guide. Ben oui, on profite un peu. Et puis il faut bien le dire, la première montée m’a fait très mal. Heureusement, que j’ai de formidables soutiens avec Paul et Marylise. Et puis l’essentiel, c’est de récupérer rapidement, non ? Ca, ça va.

J’en profite aussi pour travailler un peu mon espagnol. C’est comme ça que Danny m’apprend qu’ici, il y a des renards, des lapins, des guanacos et des pumas. Le renard mange le lapin. Le puma mange tous les autres. Le veinard. Bon, Danny il a dit qu’il fallait rester groupir, au cas ou il y aurait des pumas dans les parages. Parce que le puma s'attaque toujours au plus faible et au plus lent d'un groupe.

XD1_ 933Et ca grimpe toujours, c’est même parfois rude. Ces pauvres onze petits kilomètres, j’ai l’impression de ne pas en voir le bout. Mais nous gardons un bon rythme, bien régulier, et finalement nous arriverons au refuge peu de temps après les premiers. Le vrai problème, ça reste le vent. Encore et toujours. Depuis que nous avons attaqué la vallée qui descend vers le refuge, nous l’avons de face, et il est parfois difficile d’avancer. A un moment, j’ai même cru m’envoler : le vent m’a soudain poussée avec mon sac vers le ravin. Réflexe de survie : mise en boule, dos au vent, agrippée au rocher. Juste attendre que ça passe. Bah, sinon, Christian serait bien venu, me chercher, non ?

XD1_ 935Mp est déjà arrivée et a pu réfléchir un peu à la question du logement. Apparemment, remonter la tente minuscule, ça la botte pas trop, d’autant qu’il y en a des déjà montées à louer, et qu’elles sont un peu plus hautes de plafond : plus de place et moins à ranger demain, ça ne se refuse pas. Allez, en attendant d’emménager, un chocolat chaud est le bienvenu. Tiens, voilà le ravitaillement qui arrive : un des hommes du relais viens de gravir le sentier, à cheval avec un cheval de bât portant les boissons.

… Hou ! la remise en route est dure. Je ne comprends vraiment pas pourquoi ma façon de marcher fait autant marrer notre guide. Non, vraiment. Allez, une bonne douche bien chaude là-dessus, et il n’y paraîtra plus. On ruse encore un peu pour accéder aux douches intérieures, mais ça valait le coup. L’attente du repas, elle, est plus difficile : dans la tente il ne fait vraiment pas chaud, mais ça doit être aussi la fatigue. On somnole un peu. Mais faut se bouger. Du coup, nous décidons de retourner au relais, même si nous sommes un peu en avance pour le repas… où nous trouvons Nico, Sylvie et Liliane avec une bouteille de vin. Ah bravo !

Au menu, soupe, porc et purée (encore !). Ah, mais il y a un goût dans la purée que j’ai du mal à identifier… Bon, on s’en fout. C’est bon, de toute façon. Nous restons encore un peu à papoter, puis regagnons nos tentes pour un repos bien mérité. Christian et Michel ronflent déjà (et quand je dis « ronflent », ce n’est pas un euphémisme). Et même Sylvie qui se prend les pieds dans tous les tendeurs n’a pas réussi à les reveiller.