Samedi 20 novembre 2010

     Quel est le pire des réveils? Ce jour-là, sans conteste, ça a été l'allumage du plafonnier! Merci MP. Mais pourquoi est-ce si dur? D'autant qu'il fait plutôt frais dans la chambre, malgré le super chauffage au gaz (qui sent un petit peu. De quoi alimenter quelques angoisses : et si demain on nous retrouvait mortes, asphyxiées???)

XD1_ 1157Nous quittons l'hôtel à neuf heures, pour une journée de randonnée jusqu'à la Laguna Torre, dans la vallée qui mène au Fitzroy. Le temps est froid, venteux, un brin pluvieux. Un vrai temps patagonien, nous dit Luis, notre guide du jour. Le démarrage est dur. Il faut chauffer les muscles. Ca tombe bien : ça grimpe.

Nous arrivons au premier point de vue : le mirador Margharita, du nom d'une jeune anglaise qui serait, selon la légende, partie marcher avec un groupe de randonneurs et aurait disparu dans les parages il y a environ quinze ans.

XD1_ 1160Certains disent qu'elle avait pris du retard sur le groupe et serait tombée dans le précipice, puis aurait été dévorée par les animaux. Son corps n'a jamais été retrouvé. Selon d'autres plus terre à terre, trouvant que c'était trop dur, elle aurait fait demi-tour pour rentrer à El Chalten, puis elle aurait pris un bus pour El Calafate et enfin un avion pour l'Angleterre sans prévenir personne (mais quel manque de savoir vivre!). En tout cas, personne n'a jamais su ce qu'elle était devenue, ni si elle est toujours vivante. Pour la version "drame horrible" tapez 1. Pour la version "Petite joueuse", tapez 2.

Nous continuons jusqu'au deuxième point de vue, en concurrence avec un groupe d'allemands. Quoique concurrence soit un bien grand mot. S'ils veulent passer devant, pas de problème. Là-haut, la vue est toujours bouchée. Ce qui fait planer une grosse incertitude sur ce qui nous attend au lac. Loin de s'améliorer, le temps se met clairement à la pluie. Froide. La majorité du groupe décide donc de rebrousser chemin. Paul et Marylise, qui ne sont pas venus jusque là pour laisser tomber maintenant, décident de continuer. MP, Luis et moi leur emboîtons finalement le pas. Maintenant qu'on y est, autant aller jusqu'au bout, en vraies aventurières!

XD1_ 1166Nous traversons une vallée qui a subi un terrible incendie onze ans plus tôt, mais où les ñires reprennent le dessus. Sous ce climat, la végétation a du mal à se refaire une place, et on dirait une vallée plantée de bonsaïs. La balade en forêt est vraiment sympathique, malgré le temps. Et puis la forêt, on dirait la forêt magique de Harry Potter (dixit MP). Est-ce à cause du calme? Par contre, il ne faut pas s'arrêter longtemps, car le froid gagne vite. D'ailleurs, de temps à autre, ce n'est plus de la pluie, mais de la neige qui nous accompagne.

Nous longeons le camp de base des randonnées vers le glacier, puis arrivons aux "dips". Il s'agit en réalité des anciennes moraines du glacier : des sortes de grandes dunes de cailloux. Une dernière pause, puis le passage de la dernière moraine nous dévoile enfin la vue sur le lac glaciaire, dominé par le glacier Torre.

XD1_ 1175Au loin, on distingue quatre moraines anciennes, vestiges des aller-venues du glacier. Luttant contre le vent, nous descendons jusqu'à la plage. Pas un temps à sortir les bikinis. Pourtant, d'après Luis, c'est un temps plutôt correct pour la Patagonie. Quant à l'eau… Brrrrr! Demandez à MP qui y a trempé les doigts! Le vent continue de souffler en rafales, au point qu'on peut à peine se tenir à cet endroit. Il est d'ailleurs particulièrement surprenant quand on essaie de passer la tête par-dessus la moraine.

Cette fois, ça y est, la pluie est là, mêlée de neige. Mieux vaut ne pas s'attarder ici. Nous reprenons donc le chemin vers le campement public qui semble plus abrité et où nous nous arrêterons pour manger. Comme la pluie redouble, nous nous retrouvons finalement à manger debout, chacun sous son arbre, en essayant de se tenir entre les gouttes. Bon, ça ne m'empêche pas de parfaire un peu mon espagnol avec Luis. Mais il commence quand même à faire très froid. Mon pantalon de toile est trempé et je ne sens plus le bout de mes doigts. Finalement, je vais faire l'impasse sur la mandarine à éplucher. Heureusement que Paul m'a passé une paire de gants, parce que les gants en polaire, c'est pas fait pour une météo pareille.

XD1_ 1179Sur le chemin du retour, une éclaircie et un rayon de soleil nous dévoilent les contreforts du Cerro Torre et les montagnes environnantes blanchies par la neige nouvelle. Longtemps, cette montagne a été considérée comme la plus difficile à gravir du monde, en raison des parois verticales lisses qui cernent le sommet et des conditions climatiques extrêmes et changeantes dans lesquelles elle baigne. On va croire les andinistes sur parole.

XD1_ 1184Nous retraversons la forêt où l'on peut maintenant aperçoit des piverts à tête rouge. Il fait meilleur dans la vallée et, chemin faisant, Luis prend le temps de nous raconter l'histoire de Poincenot, le grimpeur qui a donné son nom à l'un des pics du massif. Il faisait partie de l'expédition qui a vaincu le Fitzroy, mais lui n'est jamais allé en haut. Il se serait, dit-on, noyé dans le Rio Fitzroy qui coule en contrebas. Son corps n'a jamais été retrouvé (encore un). Une autre version dit qu'il aurait eu une aventure avec l'épouse d'un gaucho et que le mari bafoué l'aurait tué. Pour la version "drame horrible de la jalousie", tapez 1. Pour la version "drame horrible de la nature", tapez 2.

XD1_ 1191A 16 heures, nous arrivons enfin à l'hôtel, accompagnés par la neige. Le reste du groupe est là, bien au chaud, en pleine corvée de cartes postales, ou à jouer aux cartes. Mais peu importe. Nous sommes ravis de notre excursion. Ca aurait été dommage de ne pas aller au bout. Après une bonne douche bien chaude, nous nous joignons à eux, pour patienter jusqu'à l'heure de l'apéro et du dîner. D'ailleurs, le repas d'hier était tellement bien que nous avons décidé de retourner au même restaurant. Sauf qu'aujourd'hui, la soupe à l'ail va repartir en cuisine. Visiblement, elle a été drôlement allongée à l'eau. Le lomo (filet de bœuf), quant à lui, est toujours aussi extraordinaire.

Sylvie, MP, Nico et moi terminons la soirée devant un petit digestif. Ca tourne un peu pour rentrer à l'hôtel. Heureusement que le village n'est pas grand et que c'est tout droit… Et que le froid persistant remet les idées en place.

N'empêche... on n'a toujours pas vu le Fitzroy !

PS : un grand merci à Luis pour les histoires, à Paul et Marylise pour les gants et le polo thermique et à MP pour avoir été tester l'eau du lac !