Lundi 22 novembre 2010

     Le réveil est très dur. Je sais, j’ai écrit ça au moins un jour sur deux, mais là, C’EST VRAI ! Est-ce le vin de la veille ? (non, non) Toujours est-il que j’ai du mal à ouvrir les yeux, et que le temps que j’aille chercher mes toasts… on m’a déjà débarrassé mon thé ! Aurais-je piqué un micro-somme devant le toaster ?

XD1_ 1232Nous démarrons vers 9h00, en direction du parc national Tierra Del Fuego, avec notre guide du jour, Frederico, copie conforme de Francis Cabrel (Franciiiiiiiiiiiiiiis) époque « Les murs de poussière ». Notre première halte est pour la gare du bout du monde, d’où on emmenait les bagnards dans la forêt pour l’exploitation du bois. Aujourd’hui c’est un endroit bucolique attrape-touristes sur les bords, mais il reste de sinistre mémoire. Combien ne sont pas revenus ?

2010 11 25 Ushuaia 1585Arrivés au lac Acigami - qui signifie "sac allongé" en langue Yagan, la langue des indiens fuégiens -, nous nous équipons pour un tour en canoë, sous la pluie : pantalon étanche et bottes, gilet de sauvetage, chacun sa pagaie. Ca a de la gueule, quand même ! Euh non. EN réalité, on a l’air un peu ridicules. Mais depuis le temps, on sait très bien que le ridicule ne tue pas. Nous constituons les équipages, et MP et moi nous retrouvons à faire équipe avec Raymonde et Michel et, pagaie sur l’épaule, prenons possession de notre raft. Malheureusement, il va falloir rentrer les appareils-photos dans les sacs étanches ou les laisser dans le bus, car l’électronique risque de ne pas supporter l’équipée. C’est parti pour une randonnée d’une heure sur l’un des bras du canal de Beagle. Heureusement, notre embarcation est légère et nous prenons vite notre rythme. Christian, Gérard, Raymond et Hélène sont déjà loin devant et le guide, ça ne l’enchante pas. Plus on crie d’arrêter, plus ils pagaient, Et soudain, Frederico, agacé, s’écrie :

- Ils ne parlent pas français mais japonais, vos amis !

Sur le raft de Paul, Charlotte et Christiane, Bernard, très digne, s’est posté en vigie et a tout de la figure de proue. On voit qui rame et qui dirige !

Le temps alterne entre soleil et petites averses, mais malgré l’humidité, la balade est géniale.
A mi-chemin, nous faisons une petite halte pour voir qui continue sur la deuxième partie, plus dure. Christiane et Charlotte jettent l’éponge. Paul et Bernard passent donc sur le raft de Frederico qui était déjà le plus lourd. Ahhhh ! C’est donc pour ça qu’on le rattrapait tout le temps. Mais avec ces bras en plus, ça va être une autre histoire.

Nous repartons et rencontrons bientôt un courant plus fort. Le vent forcit également. N’oublions pas que nous sommes tout près du Cap Horn. Nous arrivons dans les eaux saumâtres, là où l’eau de mer et l’eau douce se mêlent. L’effort à fournir sur la pagaie est de plus en plus dur. Nous terminons la course au sprint : le dernier arrivé paye les bières. Allez, il faut mettre un coup de collier. Allez ! Alleeeeeeeeez ! MP flanche à quelques mètres du bord. Michel et moi nous accrochons toujours. Ca fait mal dans les bras. Alleeeeeeeeeeeeeeeeeez ! Ouais !!! Nous finissons deuxième derrière l’équipe Christian, Raymond, Hélène et Gérard. Mais un équipage 3 femmes / 1 homme contre 3 hommes / 1 femme, ça reste méritant. L’équipage argentino-suisse termine dernier malgré les bras supplémentaires.

XD1_ 1239Nous pique-niquerons au sec dans le bus, avant de repartir pour une petite rando de 3 heures en forêt dans le parc national de Terre de Feu, sur le chemin côtier qui longe le canal de Beagle. Dire que le passage qui mène au Cap Horn est là, juste devant nous, et le

XD1_ 1261célèbre cap des tempêtes qui marque le bout du monde, à seulement 140 km au sud. La forêt de nothofagus (ou faux-hêtre, genre aulaquel appartiennent les espèces ñires, lengas et hêtres de Magellan, caractéristiques des forêts de Patagonie) est magnifique, et le soleil est même de la partie. Elle est jonchée d’arbres tombés à terre, car leurs racines sont peu profondes. XD1_ 1280Au débouché de ces sous-bois reposants, nous passons par de petites baies où se promènent des bernaches de Magellan, sortes d'oies sauvages, apparemment pas si sauvages. C’est drôlement paisible pour une terre réputée inhospitalière.
Nous arrivons finalement sur la baie de Lapataia et repartons vers Ushauaïa où nous allons pouvoir faire un peu les  boutiques. C’est que le séjour tire à sa fin, et Nico a dit qu’on trouverait tout ce qu’on voudrait ici pour ramener des cadeaux. Mouais… Pas très inspirée. Ah si ! Par le pop corn !

XD1_ 1297A 19 heures, tout le monde remonte dans le bus qui nous emmène sur la route de la station de ski et nous dépose au milieu de nulle part. Après 100 mètres sur un sentier au milieu des bois, nous découvrons une cabane de trappeurs d’où Leandro, notre nouvel ange gardien, nous conduit

vers une petite rivière où vivent des castors. Nous voilà donc en embuscade, à attendre que le Père Castor et ses comparses montrent le bout de leur moustache. Caraï ! C’est gros un castor !

XD1_ 1305Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les castors ne sont pas ici protégés. Bien au contraire, depuis leur réintroduction, ils prolifèrent de façon incontrôlée et causent de gros dégâts à la flore du parc, en s'attaquant aux arbres fragiles ou en contruisant des barrages qui entraînent l'inondation de certaines zones sensibles. Il serait donc question, à défaut de contrôler leur population, de les éradiquer.

Alors que la nuit tombe (tard), et non sans avoir d’abord testé la photo « Charles Ingalls style » avec la hache et le billot de bois, nous sommes invités à partager un repas au coin du feu et à la bougie dans la cabane. Tous serrés autour de la table dans ce petit espace, au moins on va se tenir chaud. On ne voit pas trop ce qu’il y a dans les assiettes, mais peu importe. C’est bon. Sympa, cette petite veillée.

Il est temps de rentrer, par le sentier, à la lueur des lampes de poche et en évitant les flaques. Le temps d'arriver à l'hôtel, il pleut des cordes. Mais au bout du monde, on peut tout accepter.