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Road to Patagonia

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Road to Patagonia
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25 juillet 2013

Epilogue - J22

Mercredi 24 novembre 2010

     Et la dernière nuit à Buenos Aires se conclut par … des toilettes bouchées ! Ca aurait été trop beau ! J’enfile un jean et descends à la réception pour signaler le problème. Bon là, au saut du lit, je confonds un peu l’anglais et l’espagnol. Et puis allez expliquer « toilettes bouchées » dans une langue étrangère, vous. On l’apprend pas à l’école, ça. Non mais vous imaginez à l’épreuve d’oral du bac : « commentez le texte de Gabriel Garcia Llorca dans lequel il demande qu’on vienne déboucher ses WC ». C’est tout de suite beaucoup moins poétique. Enfin, j’arriverai quand même à me faire comprendre, et l’homme d’entretien vient frapper à la porte très vite. Ca ne nous fera que 5 minutes de retard sur le timing prévu.

Après le petit déjeuner, MP et moi partons faire nos derniers achats calle Florida - oui, maintenant on est presque des locales. De retour à l’hôtel une heure et demi plus tard, nous sommes pile à l’heure pour le départ vers l’aéroport. Non, je n’ai finalement pas acheté de nouveau sac, bien que celui en cuir et toile tissée du magasin de polo ait été très tentant (son prix beaucoup moins). Oui, j’ai finalement craqué pour mes derniers empanadas à la boulangerie d’à côté. Ce sera mon dernier repas argentin.

L’enregistrement sur Ibéria, le tour des boutiques, les dernières tentatives avortées de changer ce qui me reste de monnaie, et il est déjà temps de dire au-revoir à notre Nico national. Hasta la vista !

Bon, il fallait bien que ça arrive, encore des boulets dans l’avion : entre le passager devant moi qui commence à incliner son siège alors qu’on n’a même pas décollé, au mépris des consignes du personnel – en plus, il n’arrête pas de gratter un truc qui ressemble à de l’eczéma sur sa tête. Beurk !- et l’équipe de roller artistique qui caquète, caquète, caquète… le vol va être long. Bientôt, les deux rangées à côté de nous deviennent leur point de ralliement. Elles parlent toutes en même temps, ne semblant même pas s’écouter les unes les autres. Dans ces cas-là, on adore les turbulences, quand le personnel de bord demande à tout le monde de regagner son siège et de s’attacher. Malheureusement, ça ne dure pas longtemps. J’ai bien essayé de voir s’il y avait des sièges libres à l’arrière de l’avion, mais non. Alors au bout d’un moment, j’ai fini par aller leur taper sur l’épaule avec un sévère : « Please, could you shut up ? We would like to sleep ! » à défaut d’un plus virulent « Calla-te !!!  ». Allez, ça nous a bien fait une demi-heure de calme.

Note pour plus tard : toujours garder les bouchons d’oreille à portée de main pendant les vols.

Voilà Madrid. Il est temps de dire au revoir, en coup de vent, à Lilianne, Gérard, Christiane et Christian, puis Paul et Marylise de loin en passant les formalités de police. Au revoir aussi, nos amis suisses. Nous continuons notre route encore deux heures avec Hélène et Raymond.

Je crois que je me suis endormie dès le décollage et réveillée – durement – lorsque nous avons touché le sol d’Orly. Oh oh ! On dirait que l’hiver s’est installé sur la vieille Europe…

EL FIN

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24 juillet 2013

Libertad - J21

Mardi 23 novembre 2010

     Je vous la refais pas, mais il a encore fallu se lever. Même pas super tôt. Juste se lever. Et c'est là que ça s’est gâté. Tandis que MP avait très bien géré la partie salle de bain, me voilà qui part en dérapage non contrôlé dans la baignoire, qui essaie de me rattraper au vide et après un vol plané, atterrit les quatre fers en l’air dans la baignoire, non sans avoir heurté l’accoudoir au passage. Résultat, un grand « boum », MP qui demande si je suis encore en vie, et quelques jolis bleus en perspective. Heureusement, j’ai quand même les os solides.

XD1_ 1335Aujourd'hui, c'est journée en liberté. Aussi, vers 9 heures 30, nous quittons enfin ce petit havre de paix qu’est notre hôtel pour descendre en direction du port, à la recherche du panneau « Fin del Mundo », puis nous cherchons la poste, sensée ouvrir à 10 heures, pour acheter des timbres. Découragées par la file d’attente, nous préférons jeter l’éponge pour le moment et requalifions notre activité du matin en partie de lèche-vitrine.

XD1_ 1214Un petit stop au change pour nous débarrasser de nos pesos chiliens contre du bon argent argentin, et voilà soudain Nico au détour d’une rue qui décide de nous accompagner dans notre shopping. Bon, il faut bien le reconnaître, les souvenirs d’Ushuaïa sont kitchissimes et la ville fait un peu penser au Pas de la Case. Où sont mes belles pièces d’artisanat ??? Allez, à défaut de visiter la prison et les autres bâtiments historiques, on aura quand même rencontré des pingouins.

A 12 heures 45, nous sommes de retour à l’hôtel après avoir gravi une dernière fois la fabuleuse côte digne des rues de San Francisco et quittons le bout du monde pour l’aéroport, en taxi. C’est l’heure de notre petit cours français – espagnol avec le chauffeur. C’est fou ce qu’ils profitent de la situation pour apprendre « Bonjour, comment ça va ? ».

XD1_ 1345A l’enregistrement, encore une fois, c’est le bazar. Non seulement nous sommes tous enregistrés en ordre dispersé, mais en plus, il va nous falloir changer de siège à l’escale d’El Calafate. Pourquoi faire simple ? Comme je devais récupérer le siège de Nico à l’escale, nous échangeons dès maintenant nos places de 2ème partie de vol. Comme ça, lui ne bougera pas, et moi j’aurai moins de trajet à faire puisque je n’avancerai que de deux rangées, et j’aurai un hublot. A côté de moi, vient s’asseoir une vieille dame allemande qui vit à San Francisco. Nous discutons agréablement une bonne partie du voyage. Ca me change des malotrus auxquels j’étais accoutumée sur les vols intérieurs. En plus, elle me félicite pour mon anglais. Moi qui ai tant de mal avec les langues étrangères, voilà de quoi me faire rougir.

L’avion se pose à Buenos Aires à 18h30. Sur le trajet, tous les arbres sont en fleurs, d’un violet magnifique. C’est un printemps doux et agréable que nous découvrons, loin du rude climat de la Patagonie. On a soudain l’impression d’être partis depuis une éternité. Dire que dans trois jours, nous serons de retour dans la froidure de l’hiver français qui commence…

XD2_ 003Même hôtel qu’à l’arrivée, quasi même chambre, juste un étage en dessous. Toujours aussi bruyant, mais je crois qu’on finirait par s’habituer. Et puis il ne nous reste qu’une soirée pour profiter de la capitale argentine. Quand MP et moi descendons, la majorité du groupe est déjà partie. Ne restent que Isa, Sylvie et Nico. Qu’à cela ne tienne, nous allons nous trouver un bon restau pour le repas des adieux. Ce sera finalement le « Ce Bleu », où nous commandons vin et lomo. Le mien va d’ailleurs vite repartir en cuisine, puisque je l’avais demandé saignant, et que là, il est plus que bien cuit ! C’est pas parce qu’on est des touristes qu’il faut se laisser faire. En plus, lorsque l’assiette revient, le morceau est bien plus beau, loin du fond de tiroir qu’ils avaient dû me servir au départ. La cuisson est impeccable, le morceau tendre à souhait. Voilà qui laissera un bon souvenir. Nous decidons de finir par quelques cocktails, mais comme l’alcool commence à faire un peu son effet, j’opte en dernier choix pour une pêche melba.

Alors la pêche melba argentine, c’est :

XD2_ 005- des fruits
- des pêches au sirop
- de la glace chocolat
- de la glace fraise
- 2 autres parfums non identifiés
- des noix
- des gaufrettes
- du coulis de chocolat

Bref, tout sauf une pêche melba ! Toute une éducation à refaire. Serait-ce dû au fait que le serveur, d’un âge semble-t-il bien avancé, paraît avoir du mal à retenir la commande ? Dans le doute…

Nous rentrons à l’hôtel sur les coups de 2 heures. Le temps de rédiger les journées manquantes du journal de bord, et de refaire mon lit plein de plis (y’avait longtemps que ça ne m’avait pas pris, ça. Ca doit être l’effet pêche melba), il est 3 heures facile.

… Et en plus, le matelas est défoncé…

 

23 juillet 2013

Balade au bout du monde - J20

Lundi 22 novembre 2010

     Le réveil est très dur. Je sais, j’ai écrit ça au moins un jour sur deux, mais là, C’EST VRAI ! Est-ce le vin de la veille ? (non, non) Toujours est-il que j’ai du mal à ouvrir les yeux, et que le temps que j’aille chercher mes toasts… on m’a déjà débarrassé mon thé ! Aurais-je piqué un micro-somme devant le toaster ?

XD1_ 1232Nous démarrons vers 9h00, en direction du parc national Tierra Del Fuego, avec notre guide du jour, Frederico, copie conforme de Francis Cabrel (Franciiiiiiiiiiiiiiis) époque « Les murs de poussière ». Notre première halte est pour la gare du bout du monde, d’où on emmenait les bagnards dans la forêt pour l’exploitation du bois. Aujourd’hui c’est un endroit bucolique attrape-touristes sur les bords, mais il reste de sinistre mémoire. Combien ne sont pas revenus ?

2010 11 25 Ushuaia 1585Arrivés au lac Acigami - qui signifie "sac allongé" en langue Yagan, la langue des indiens fuégiens -, nous nous équipons pour un tour en canoë, sous la pluie : pantalon étanche et bottes, gilet de sauvetage, chacun sa pagaie. Ca a de la gueule, quand même ! Euh non. EN réalité, on a l’air un peu ridicules. Mais depuis le temps, on sait très bien que le ridicule ne tue pas. Nous constituons les équipages, et MP et moi nous retrouvons à faire équipe avec Raymonde et Michel et, pagaie sur l’épaule, prenons possession de notre raft. Malheureusement, il va falloir rentrer les appareils-photos dans les sacs étanches ou les laisser dans le bus, car l’électronique risque de ne pas supporter l’équipée. C’est parti pour une randonnée d’une heure sur l’un des bras du canal de Beagle. Heureusement, notre embarcation est légère et nous prenons vite notre rythme. Christian, Gérard, Raymond et Hélène sont déjà loin devant et le guide, ça ne l’enchante pas. Plus on crie d’arrêter, plus ils pagaient, Et soudain, Frederico, agacé, s’écrie :

- Ils ne parlent pas français mais japonais, vos amis !

Sur le raft de Paul, Charlotte et Christiane, Bernard, très digne, s’est posté en vigie et a tout de la figure de proue. On voit qui rame et qui dirige !

Le temps alterne entre soleil et petites averses, mais malgré l’humidité, la balade est géniale.
A mi-chemin, nous faisons une petite halte pour voir qui continue sur la deuxième partie, plus dure. Christiane et Charlotte jettent l’éponge. Paul et Bernard passent donc sur le raft de Frederico qui était déjà le plus lourd. Ahhhh ! C’est donc pour ça qu’on le rattrapait tout le temps. Mais avec ces bras en plus, ça va être une autre histoire.

Nous repartons et rencontrons bientôt un courant plus fort. Le vent forcit également. N’oublions pas que nous sommes tout près du Cap Horn. Nous arrivons dans les eaux saumâtres, là où l’eau de mer et l’eau douce se mêlent. L’effort à fournir sur la pagaie est de plus en plus dur. Nous terminons la course au sprint : le dernier arrivé paye les bières. Allez, il faut mettre un coup de collier. Allez ! Alleeeeeeeeez ! MP flanche à quelques mètres du bord. Michel et moi nous accrochons toujours. Ca fait mal dans les bras. Alleeeeeeeeeeeeeeeeeez ! Ouais !!! Nous finissons deuxième derrière l’équipe Christian, Raymond, Hélène et Gérard. Mais un équipage 3 femmes / 1 homme contre 3 hommes / 1 femme, ça reste méritant. L’équipage argentino-suisse termine dernier malgré les bras supplémentaires.

XD1_ 1239Nous pique-niquerons au sec dans le bus, avant de repartir pour une petite rando de 3 heures en forêt dans le parc national de Terre de Feu, sur le chemin côtier qui longe le canal de Beagle. Dire que le passage qui mène au Cap Horn est là, juste devant nous, et le

XD1_ 1261célèbre cap des tempêtes qui marque le bout du monde, à seulement 140 km au sud. La forêt de nothofagus (ou faux-hêtre, genre aulaquel appartiennent les espèces ñires, lengas et hêtres de Magellan, caractéristiques des forêts de Patagonie) est magnifique, et le soleil est même de la partie. Elle est jonchée d’arbres tombés à terre, car leurs racines sont peu profondes. XD1_ 1280Au débouché de ces sous-bois reposants, nous passons par de petites baies où se promènent des bernaches de Magellan, sortes d'oies sauvages, apparemment pas si sauvages. C’est drôlement paisible pour une terre réputée inhospitalière.
Nous arrivons finalement sur la baie de Lapataia et repartons vers Ushauaïa où nous allons pouvoir faire un peu les  boutiques. C’est que le séjour tire à sa fin, et Nico a dit qu’on trouverait tout ce qu’on voudrait ici pour ramener des cadeaux. Mouais… Pas très inspirée. Ah si ! Par le pop corn !

XD1_ 1297A 19 heures, tout le monde remonte dans le bus qui nous emmène sur la route de la station de ski et nous dépose au milieu de nulle part. Après 100 mètres sur un sentier au milieu des bois, nous découvrons une cabane de trappeurs d’où Leandro, notre nouvel ange gardien, nous conduit

vers une petite rivière où vivent des castors. Nous voilà donc en embuscade, à attendre que le Père Castor et ses comparses montrent le bout de leur moustache. Caraï ! C’est gros un castor !

XD1_ 1305Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les castors ne sont pas ici protégés. Bien au contraire, depuis leur réintroduction, ils prolifèrent de façon incontrôlée et causent de gros dégâts à la flore du parc, en s'attaquant aux arbres fragiles ou en contruisant des barrages qui entraînent l'inondation de certaines zones sensibles. Il serait donc question, à défaut de contrôler leur population, de les éradiquer.

Alors que la nuit tombe (tard), et non sans avoir d’abord testé la photo « Charles Ingalls style » avec la hache et le billot de bois, nous sommes invités à partager un repas au coin du feu et à la bougie dans la cabane. Tous serrés autour de la table dans ce petit espace, au moins on va se tenir chaud. On ne voit pas trop ce qu’il y a dans les assiettes, mais peu importe. C’est bon. Sympa, cette petite veillée.

Il est temps de rentrer, par le sentier, à la lueur des lampes de poche et en évitant les flaques. Le temps d'arriver à l'hôtel, il pleut des cordes. Mais au bout du monde, on peut tout accepter.

22 juillet 2013

Terre qui fume et Terre de feu - J19

imanche 21 novembre 2010

     Ce matin, c’est grasse mat’.

… Enfin, ça, c’était avant les allemands rassemblant leurs bagages dans le hall pour le départ, et dont les roulettes sautent allègrement les marches juste devant notre chambre. Au milieu, je reconnais la voix de Christian annonçant qu’il va faire son sac. Il part avec les allemands ???

XD1_ 1200Nous prenons notre petit déjeuner tranquillement, bouclons nos sacs, puis avec MP nous partons à la découverte d’El Chalten : ses boutiques, ses supermarchés, ses grandes rues battues par le blizzard (ou pas), ses petites maisons de rondins, ses bas-fonds. C’est pittoresque. Ca caille, il neige quelques flocons épars, mais c'est pittoresque. Bon, le plus important reste quand même qu’on ait trouvé la boulangerie où acheter des empanadas pour le repas de midi.

C'est d'ailleurs là que nous découvrirons la station météo de El Chalten.

XD1_ 1201Traduction pour les non hispanohones :

Pierre mouillée = climat pluvieux
Pierre sèche = climat sec
Ombre sur le sol = ensoleillé
Sans ombre sur le sol = nuageux
Pierre sautillant = tremblement de terre
La pierre oscille = peu de vent
Il n'y a plus de pierre = vent fort
On ne voit pas la pierre = c'est la nuit
On voit la pierre = c'est le jour

Et si la pierre est fendue? C'est qu'il fait froid?

Nous croisons aussi un gaucho qui nous demande si nous allons à la montagne.
Heu… Non. Pas tous les jours, quand même !

Le temps file vite quand on s'amuse. Il est déjà 13 heures et temps d’embarquer dans le bus qui va nous ramener à El Calafate. De toute façon, El Chalten, faut pas y aller pour le shopping. A part marcher sous la pluie et le vent, y’a rien. D'ailleurs, c'est bien pour ça qu'on l'appelle la "capitale mondiale du trekking". Allez, on s’casse ?

Et nous revoilà donc dans un aéroport pour attaquer la dernière partie du voyage. Déjà ! Et là, j’ai un petit coup de mou. La fatigue ? La fin du voyage qui approche ? Je sais pas, mais le moral vient d’en prendre un coup. Et pour couronner le tout, dans l’avion je tombe à côté de boulets grand format : ma voisine se penche au-dessus de ma tablette pour parler à sa copine qui est de l’autre côté de l’allée, et ce pendant que je suis en train de boire mon thé. Puis une autre de ses copines passe dans l’allée et se penche en me collant sa poitrine dans la tête pour taper la causette, toujours avec ma voisine. Si je vous dérange, il faut le dire !

L’atterrissage à Ushuaïa est un peu Rock’n Roll. Le pilote ne fait pas dans la finesse. Mais bon, on s’en fout, on est enfin au bout du monde.

Ushuaïa, ville la plus australe du monde, capitale de la Terre de Feu, à l'extrême sud du continent sud-américain. De climat subpolaire océanique, la température y est toujours sensiblement la même, en moyenne 6°C, mais descendant très souvent autour de 0°C. Avec nos 10°C aujourd'hui, nous pouvons donc nous estimer chanceux.

Un groupe de taxis nous récupère à l'aéroport, pour nous emmener à l’hôtel. Mais il semblerait que nôtre chauffeur n’ait pas bien compris l’adresse où il doit nous emmener, car il demande confirmation par radio à un collègue. Et voilà que nous nous faisons doubler par le taxi de Raymonde et Michel. Tant qu'on n'a pas récupéré le drapeau noir, c'est pas grave. Du coup, nous décidons de comparer les prix des courses, une fois arrivés à l’hôtel. Effectivement, il y en a de plus efficaces que d’autres !

XD1_ 1211L'hôtel Rosa de Los Vientos, qui nous accueille en haut d'une rue très pentue dominant la ville, m'apparaît tout de suite très chaleureux. Les chambres sont magnifiques, avec une décoration soignée, et pour une fois plein d’endroits pour poser les affaires, dans la chambre comme dans la salle de bain. Oui, les argentins ne semblent pas très portés sur le fonctionnel d'habitude. Puis nous faisons un petit tour au mirador de l’hôtel qui permet d’avoir une vue imprenable sur les toits d’Ushuaïa, jusqu’au port sur le canal de Beagle.

Il est temps de nous mettre en quête d’un restaurant pour le soir… tout en faisant le tour des boutiques. Et des bureaux de change. Malheureusement, vu l’heure tardive, ils sont fermés. Et la bonne nouvelle c’est qu’ils le seront également demain car c’est jour férié. Bon, et moi qui suis à sec, comment je fais ? Allez, une chose à la fois pensons déjà à remplir l’estomac pour réfléchir plus sereinement à la situation qui n’est pas encore catastrophique.

XD1_ 1222Sylvie, Isa, Bernard, Charlotte, Nico, MP et moi atterrissons dans un bar mythique d’Ushuaïa, le Ramos Generales, qui est un ancien magasin d’alimentation datant de la grande époque. Au départ, on était là juste pour l’apéro. Et finalement, nous y dînons et finissons la soirée. En plus les toilettes donneraient presque envie d’y rester (ce qui rejoint ma philosophie qui dit que les toilettes devraient toujours être l’une des pièces les plus agréables et les mieux décorées de la maison).

Finalement, l'essentiel, sous les climats de froid extrême, ça reste de savoir trouver les coins chauds... (Je vous laisse y donner la définition que vous voudrez)

Il ne nous reste plus qu’à gravir la côte (et c’est pas peu dire !) pour rentrer nous coucher (au chaud) et faire de beaux rêves, en attendant la suite.

 

21 juillet 2013

Into the wild - J18

Samedi 20 novembre 2010

     Quel est le pire des réveils? Ce jour-là, sans conteste, ça a été l'allumage du plafonnier! Merci MP. Mais pourquoi est-ce si dur? D'autant qu'il fait plutôt frais dans la chambre, malgré le super chauffage au gaz (qui sent un petit peu. De quoi alimenter quelques angoisses : et si demain on nous retrouvait mortes, asphyxiées???)

XD1_ 1157Nous quittons l'hôtel à neuf heures, pour une journée de randonnée jusqu'à la Laguna Torre, dans la vallée qui mène au Fitzroy. Le temps est froid, venteux, un brin pluvieux. Un vrai temps patagonien, nous dit Luis, notre guide du jour. Le démarrage est dur. Il faut chauffer les muscles. Ca tombe bien : ça grimpe.

Nous arrivons au premier point de vue : le mirador Margharita, du nom d'une jeune anglaise qui serait, selon la légende, partie marcher avec un groupe de randonneurs et aurait disparu dans les parages il y a environ quinze ans.

XD1_ 1160Certains disent qu'elle avait pris du retard sur le groupe et serait tombée dans le précipice, puis aurait été dévorée par les animaux. Son corps n'a jamais été retrouvé. Selon d'autres plus terre à terre, trouvant que c'était trop dur, elle aurait fait demi-tour pour rentrer à El Chalten, puis elle aurait pris un bus pour El Calafate et enfin un avion pour l'Angleterre sans prévenir personne (mais quel manque de savoir vivre!). En tout cas, personne n'a jamais su ce qu'elle était devenue, ni si elle est toujours vivante. Pour la version "drame horrible" tapez 1. Pour la version "Petite joueuse", tapez 2.

Nous continuons jusqu'au deuxième point de vue, en concurrence avec un groupe d'allemands. Quoique concurrence soit un bien grand mot. S'ils veulent passer devant, pas de problème. Là-haut, la vue est toujours bouchée. Ce qui fait planer une grosse incertitude sur ce qui nous attend au lac. Loin de s'améliorer, le temps se met clairement à la pluie. Froide. La majorité du groupe décide donc de rebrousser chemin. Paul et Marylise, qui ne sont pas venus jusque là pour laisser tomber maintenant, décident de continuer. MP, Luis et moi leur emboîtons finalement le pas. Maintenant qu'on y est, autant aller jusqu'au bout, en vraies aventurières!

XD1_ 1166Nous traversons une vallée qui a subi un terrible incendie onze ans plus tôt, mais où les ñires reprennent le dessus. Sous ce climat, la végétation a du mal à se refaire une place, et on dirait une vallée plantée de bonsaïs. La balade en forêt est vraiment sympathique, malgré le temps. Et puis la forêt, on dirait la forêt magique de Harry Potter (dixit MP). Est-ce à cause du calme? Par contre, il ne faut pas s'arrêter longtemps, car le froid gagne vite. D'ailleurs, de temps à autre, ce n'est plus de la pluie, mais de la neige qui nous accompagne.

Nous longeons le camp de base des randonnées vers le glacier, puis arrivons aux "dips". Il s'agit en réalité des anciennes moraines du glacier : des sortes de grandes dunes de cailloux. Une dernière pause, puis le passage de la dernière moraine nous dévoile enfin la vue sur le lac glaciaire, dominé par le glacier Torre.

XD1_ 1175Au loin, on distingue quatre moraines anciennes, vestiges des aller-venues du glacier. Luttant contre le vent, nous descendons jusqu'à la plage. Pas un temps à sortir les bikinis. Pourtant, d'après Luis, c'est un temps plutôt correct pour la Patagonie. Quant à l'eau… Brrrrr! Demandez à MP qui y a trempé les doigts! Le vent continue de souffler en rafales, au point qu'on peut à peine se tenir à cet endroit. Il est d'ailleurs particulièrement surprenant quand on essaie de passer la tête par-dessus la moraine.

Cette fois, ça y est, la pluie est là, mêlée de neige. Mieux vaut ne pas s'attarder ici. Nous reprenons donc le chemin vers le campement public qui semble plus abrité et où nous nous arrêterons pour manger. Comme la pluie redouble, nous nous retrouvons finalement à manger debout, chacun sous son arbre, en essayant de se tenir entre les gouttes. Bon, ça ne m'empêche pas de parfaire un peu mon espagnol avec Luis. Mais il commence quand même à faire très froid. Mon pantalon de toile est trempé et je ne sens plus le bout de mes doigts. Finalement, je vais faire l'impasse sur la mandarine à éplucher. Heureusement que Paul m'a passé une paire de gants, parce que les gants en polaire, c'est pas fait pour une météo pareille.

XD1_ 1179Sur le chemin du retour, une éclaircie et un rayon de soleil nous dévoilent les contreforts du Cerro Torre et les montagnes environnantes blanchies par la neige nouvelle. Longtemps, cette montagne a été considérée comme la plus difficile à gravir du monde, en raison des parois verticales lisses qui cernent le sommet et des conditions climatiques extrêmes et changeantes dans lesquelles elle baigne. On va croire les andinistes sur parole.

XD1_ 1184Nous retraversons la forêt où l'on peut maintenant aperçoit des piverts à tête rouge. Il fait meilleur dans la vallée et, chemin faisant, Luis prend le temps de nous raconter l'histoire de Poincenot, le grimpeur qui a donné son nom à l'un des pics du massif. Il faisait partie de l'expédition qui a vaincu le Fitzroy, mais lui n'est jamais allé en haut. Il se serait, dit-on, noyé dans le Rio Fitzroy qui coule en contrebas. Son corps n'a jamais été retrouvé (encore un). Une autre version dit qu'il aurait eu une aventure avec l'épouse d'un gaucho et que le mari bafoué l'aurait tué. Pour la version "drame horrible de la jalousie", tapez 1. Pour la version "drame horrible de la nature", tapez 2.

XD1_ 1191A 16 heures, nous arrivons enfin à l'hôtel, accompagnés par la neige. Le reste du groupe est là, bien au chaud, en pleine corvée de cartes postales, ou à jouer aux cartes. Mais peu importe. Nous sommes ravis de notre excursion. Ca aurait été dommage de ne pas aller au bout. Après une bonne douche bien chaude, nous nous joignons à eux, pour patienter jusqu'à l'heure de l'apéro et du dîner. D'ailleurs, le repas d'hier était tellement bien que nous avons décidé de retourner au même restaurant. Sauf qu'aujourd'hui, la soupe à l'ail va repartir en cuisine. Visiblement, elle a été drôlement allongée à l'eau. Le lomo (filet de bœuf), quant à lui, est toujours aussi extraordinaire.

Sylvie, MP, Nico et moi terminons la soirée devant un petit digestif. Ca tourne un peu pour rentrer à l'hôtel. Heureusement que le village n'est pas grand et que c'est tout droit… Et que le froid persistant remet les idées en place.

N'empêche... on n'a toujours pas vu le Fitzroy !

PS : un grand merci à Luis pour les histoires, à Paul et Marylise pour les gants et le polo thermique et à MP pour avoir été tester l'eau du lac !

 

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20 juillet 2013

Une omelette norvégienne - J17

Vendredi 19 novembre 2010

     Deux lits dans le même chambre, deux traitements différents. Pourquoi moi j’ai pas eu droit au couvre-lit édredon ? Heureusement qu’il restait la couverture du placard, parce que les petits matins sont frisquets dans le coin. Et de ce côté, ça ne va pas s’arranger aujourd’hui : à 8 heures nous sommes déjà sur le départ pour le Perito Moreno, le « fameux » glacier argentin, l’un des seuls qui soit encore un glacier positif – c’est à dire qui continue à s’étendre au lieu de régresser comme la plupart des glaciers de la planète. Notre guide du jour s’appelle Melissa.

XD1_ 1018... Je crois que j’ai dû dormir un peu pendant les explications, parce que soudain, nous sommes déjà au premier arrêt photo et qu’il me manque un bout de phrase. Ce belvédère offre une première approche du glacier, ainsi qu’une étude ethnologique assez poussée de la faune touristique : des japonais avec des chaussettes à pompons, des italiens au milieu de la route – alors que c’est bien sûr interdit – et le Père Noël en civil en haut de la butte.

XD1_ 1054Notre deuxième stop sera pour l’embarcadère. Un catamaran (mais attention, un vrai grand de visite, et à moteur) va nous emmener au plus près de la face sud du glacier. Le problème, là encore, c’est les italiens. Il y en a partout et ils ne font pas dans la discrétion : alors que je remonte la travée extérieure, l’une d’elle sort de la cabine sous mon nez et me pose la main sur le bras pour me bloquer d’autorité. Non, mais qu’est-ce qu’elle me veut, celle-là ??? Je me dégage avec la même courtoisie qu’elle vient de me manifester et lui passe devant, au lieu de faire ma touriste civilisée comme prévu initialement. Ah ! Mais elle se faisait prendre en photo par sa copine ! Fallait le dire. Moi, le langage corporel, j’ai un peu du mal. Surtout quand on me touche !

Un peu plus loin, c’est une autre italienne qui veut absolument passer alors que je suis déjà engagée dans l’étroit passage (comprenez juste assez large pour une personne) le long de l’escalier qui monte au pont supérieur. Faut croire qu’elle est super pressée (je sais pas, elle doit avoir un rendez-vous d’affaire hyper important), parce qu’elle me repousse brutalement contre la rambarde. Ensuite, c’est une conversation qui reflète la bonne ambiance du couple en vacances :

Madame : Tu veux monter sur le pont supérieur ?

Monsieur : Mais fous-moi la paix ! Je me balade comme je veux !

Qu’est-ce qu’ils doivent être contents de reprendre le boulot, eux ! Bon d’accord, ceux-là c’étaient peut-être bien des français…

Quant à Marylise, il y a carrément une italienne qui lui est passé entre les jambes parce qu’elle ne voulait pas patienter trente secondes ! Je les trouve bien pressés et agressifs, tous ces gens sensés être en vacances (et donc par extension, se détendre).

XD1_ 1068Bon, mais et le glacier, alors ?

Ben c’est beau. C’est froid, mais c’est beau. Et ce malgré le manque de soleil et le fait qu’on n’a pas eu la chance de voir un bloc se détacher dans un grand fracas et des gerbes d’eau. Le plus étonnant, c’est la fraîcheur qu’on ressent fortement dès qu’on est face au glacier.

 

XD1_ 1084Après cette petite virée, le bus nous conduit aux passerelles qui dominent le Perito Moreno. Nouveau panorama sur l’un des plus grands glaciers du monde. D’ici, on dirait une grosse omelette norvégienne. En plus, voilà le soleil qui sort de sa cachette. Et pour le coup, c’est très beau ! Nous nous baladons sur les passerelles, en haut en bas, avec des points de vue différents (attention, des photos de blocs de glace, vous allez en manger !), ce qui veut dire quelques perspectives et photos cons à la clé. A un moment, une italienne m’arrête en me tenant par le bras. Décidément, c’est une manie chez eux ! Apparemment, vue son intonation, elle me demande quelque chose. Comment lui dire ? Elle avait pourtant l’embarras du choix : espagnol, anglais, français. Bon, ok :

- NO COMPRENDO !

Entiendes ? Là, je crois que c’est réglé.

XD1_ 1096Pour le pique-nique de midi, on nous a remis des boîtes bien sympathiques contenant tout un menu, dont quelques brochettes de fruits. Et histoire de bien en profiter, avec Mp nous nous trouvons un banc pas trop humide face au glacier. Il fait juste « un peu » froid. Les doigts aiment moyennement. Justement, le froid, ça a un effet terrible !

- Donde estan los baños, por favor ?

Après un détour obligatoire par la boutique, le bus nous ramène à El Calfate, non sans avoir fait une petite pause champagne face au glacier. Merci Bernard !

XD1_ 1126Le temps d’un dernier tour de lèche-vitrine dans les rues d’El Calafate, et accessoirement d’un peu de ravitaillement pour le pique-nique de demain, et le bus nous emporte cette fois vers le petit village de El Chalten. La route étant longue, droite et monotone, le mieux est encore de dormir.

XD1_ 1152El Chalten est un petit village créé par les andinistes – les alpinistes des Andes – il y a vingt-cinq ans au pied du Mont Fitzroy. Son nom signifie « La montagne qui fume ». Et là, je vous arrête tout de suite : non, il ne s’agit pas d’un volcan. Seulement, le Fitzroy a continuellement la tête dans les nuages. CQFD. Et d’ailleurs, la plupart du temps, et aujourd’hui ne fait pas exception à la règle, on ne le voit pas.

Notre hôtel, Los Nires, est le plus ancien du village, mais reste confortable. Par contre … l’odeur de gaz dans la chambre, c’est normal ? Ah, le chauffage est à gaz. CQFD. Voilà de quoi me tranquilliser pour la nuit…

Après un petit apéro, nous dînons dans un restaurant tout proche. Enfin, il faut dire que El Chalten, c’est pas bien grand non plus. Alors par définition, tout est proche. J’opte pour une milanesa à la Suiza, ce que je regrette rapidement, car le filet de bœuf est tout bonnement amazing ! (Je crois que je suis mort ! Merci Raymonde de m’avoir fait goûter cette merveille). Cinq bons centimètres d’épaisseur et un seul coup de couteau pour trancher ça. Comme quoi, tout le monde peut se prendre un jour pour Dexter.

Bon, j’avoue, j’ai un peu forcé sur le vin. N’empêche, le bœuf il était quand même AMAZING !

 

19 juillet 2013

Visite à la ferme - J16

Jeudi 18 novembre 2010

     Il est 5 heures. J’ouvre un œil. Mais un seul, hein ! Mp est en train de s’habiller pour monter aux Torres. Moi finalement, je suis bien dans mon duvet. Je crois que je vais rester là. Bon courage !

A 5 heures 10, elle est de retour : le temps est bouché, aucune visibilité, ça vaut pas le déplacement, ont-ils dit. Ah ben j’avais pris la bonne option. Je me rendors donc jusqu’à 7 heures malgré le froid. Tandis que les moins courageux prennent leur petit déjeuner au refuge, j’avale un chocolat et un sandwich au fromage – oui, je sais, comme ça, le mélange ne fait pas forcément envie. Mais c’est aussi ça, Pékin Express -, puis fait un détour par les sanitaires où je tombe sur une française super surprise de s’entendre répondre dans la langue de Molière à son « bonjour ». En même temps, fallait pas commencer.

XD1_ 937Nous partons entre 9 heures et 10 heures en ordre dispersé. Y’en a qui sont pressés. Ce n’est pas qu’il y ait beaucoup de chemin à faire, mais il y a quand même la montée jusqu’au col pour quitter la vallée. Il pleut, il fait soleil, on a un peu de tout. Moins de vent que la veille, quand même. Puis nous entamons la descente vers l’hosteria Las Torres (5 étoiles, s’il vous plaît). Alors là, le chemin c’est une véritable autoroute. Beaucoup de marcheurs montent de l’hôtel, avec juste un sac pour la journée. Nous en croisons aussi qui ont choisi l’option cheval, mais ils n’ont pas l’air très à l’aise. Moi, je l’aurais bien fait comme ça. Dommage.

XD1_ 942Avec Mp, nous arrivons bonnes dernières sous le porche de l’hôtel. Après tout, on avait tout notre temps. Même si les dernières minutes ont été éprouvantes : se prendre vent et pluie violents à quelques mètres de l’arrivée, c’est quand même pas de chance.

Je fais une petite visite à la boutique. Malheureusement, le fameux t-shirt « Patagonian Fast Food » devait être une édition unique et limitée. Pas moyen de le trouver.
Puis un bus nous emmène au rendez-vous où nous devons retrouver le reste du groupe parti visiter Punta Arenas. C’est nous qui marchons et c’est eux qui sont en retard ! Au moins, ça laisse le temps de se sécher.

XD1_ 952Nous voilà de nouveau en bus, roulant sur les routes désertes et ventées de Patagonie, direction l’estancia où nous attend un formidable repas. Au menu, mouton au feu de bois. C’est impressionnant de voir cette carcasse posée debout devant une immense cheminée. Ca sent bon, il fait chaud. Je repartirais pas, moi. Mais dehors, nous attend déjà un petit aperçu des activités de l’estancia.

XD1_ 964Dehors, il fait toujours un vent à décorner tous les boeufs de la création. Mais ce n'est pas ça qui nous arrêtera, même si on était quand même bien près du feu.

Tout d’abord une démonstration de monte gauchera. Un cavalier en tenue traditionnelle met au travail une belle jument criollo, qui a paraît-il dominé plusieurs championnats de monte de travail. Et c’est superbe. La jument est à l’écoute et répond au quart de tour sur pirouettes, changements d’allure, cercles, etc… De très belles figures. Et puis là, Nico demande si je peux la monter.
     - Elle saura ?
     - Oui oui.

IMG_6958Bon moi je suis dans mes petits souliers, parce que en effet, ça me fait très très envie, mais en même temps, je suis pas particulièrement rassurée. Ca se voit que j'ai la pression ???
Effectivement, on sent dès la mise en selle qu’il y a du jus sous le capot. Je ne suis pas super à l’aise avec la selle et les étriers (les grosses godasses de marche, ça rentre pas dans les étriers de bois taillés pour une botte de gaucho), alors je fais juste quelques petits tours, sans même oser un galop. C’est que elle, c’est une championne. Moi, pas trop. Mais l’expérience est … Wouah !
Le monsieur me propose alors d’essayer un autre cheval plus doux. Là, je suis tout de suite plus détendue. Mais c'est quand même bizarre, je n'ai qu'une rêne! Ah ben en fait, il n'a ni bride ni mors, juste le licol et la longe. C'est pas grave, ça marche quand même.

XD1_ 983Puis nous assistons à une démonstration de travail avec les chiens et le troupeau de moutons. Devant nous, de larges étendues vides. Le berger siffle, et tout à coup les chiens arrivent à toute allure. Et là, ça ne plaisante plus. Le mouton qui file pas droit, un petit coup de dents sur les jarrets, juste histoire de lui faire comprendre qui est le patron. Côté moutons, ça se précipite dans l’enclos, ça se colle, ça s’entasse. On fait alors passer les moutons un par un dans des enclos plus petits où le tondeur s’active pour les débarrasser de leur toison. Ils ont un sacré coup de main, les gars.

XD1_ 997Après cet intermède sympathique, nous reprenons la route vers la frontière argentine. La frontière, c’est comme tout en Patagonie : c’est perdu au milieu de nulle part. La route s’étire à travers les prairies désertiques bordées de clôtures. De temps en temps, un portail, une boîte aux lettres, un chemin qui s’éloigne, puis plus rien. C’est ce qu’on appelle l’immensité. Pour un peu, on pourrait dire que les plaines de l’Ouest américain peuvent aller se rhabiller. Elles ne font pas le poids.

Nous arrivons à El Calafate dans la soirée et investissons notre hôtel. Tout le monde a l’air bien crevé, mais avec MP, nous décidons quand même de sortir manger. Enfin, quand on aura monté nos bagages… dans la dernière chambre, tout en haut du dernier escalier. Enfin, de la dernière échelle. Tiens, ça a un petit air de déjà vu du côté de Paracas, ça. (Cf. http://benvenidoaperu.canalblog.com/)

     - On y va ?
     - Attends, je me passe un coup de peigne. On sait jamais, si on croise Florent Pagny.

OK, le décor est planté. Hé, c’est que nous sommes chez lui ! Alors oui, on ne sait jamais.
XD1_ 1010Nous trouvons, tout près de l’hôtel, une crêperie nommée « Viva la Pépa », avec une jolie déco très colorée et ma foi fort sympathique. Ici, les crêpes existent en taille normale ou en demi-taille. Pour être sûres, nous préférons donc demander ce que ça fait en vrai, comme taille, et nous optons donc pour la normale. Grave erreur ! La taille que nous a montré la serveuse, c’est la taille de la crêpe une fois pliée ! Les filous ! En tout cas, c’est délicieux. Sans parler du jus de fraise avec du lait. Du coup, pour finir, on va faire une demi-crêpe pour deux.

Le temps de rentrer à l’hôtel, de prendre une douche et de refaire le sac, et il est déjà 2 heures du matin.

 

1 juin 2013

Du vent dans les voiles - J15

Mercredi 17 novembre 2010

     Terrible, cette impression de ne pas avoir dormi. En fait, je crois que j’ai PAS dormi. Un vent violent a soufflé toute la nuit. On entendait très distinctement les rafales arriver sur nous, comme si ça avait été un train. Et là, on se demandait : c’est pour nous ou pas ? Avec un peu de chance, on les entendait passer à côté. Et si c’était pour nous, la tente se mettait soudain à vibrer violemment, au risque d’être arrachée. Heureusement que le tapis de sol était d’un seul tenant avec la toile et qu’on était sur le tapis de sol ! Et toujours cette sourde angoisse : « j’ai laissé mes chaussures sous l’auvent. Vais-je les retrouver au matin, ou auront-elles été disséminées aux quatre vents ? » J’aurais l’air maline sans chaussures pour les deux jours de trek restant !

Bref, je peux dire que malgré mes années de scoutisme et pas mal d’orages affrontés sous tente, je n’avais jamais rien vécu de pareil.

XD1_ 911A 7 heures, nous nous habillons péniblement. MP sort la première : il y a une toile de tente au milieu du chemin. C’est normal ? C'en est un qui a eu moins de chance que nous. En tout cas, nous on a été efficaces : les chaussures sont toujours là. Je m’achemine péniblement vers les sanitaires, où sont déjà tous nos compagnons de route, en train de déjeuner en luttant désespérément contre le vent. A voir les têtes et à entendre les ronchonnements matinaux, il semble que personne n’ait bien dormi. Ca râle même sec. Pourtant, les tours sont belles, ce matin. Ca devrait suffire, non?

Débarbouillage à l’eau froide, et là, il faut jouer des coudes pour conserver sa place devant le lavabo. On dirait qu’il y a une allemande qui veut s’imposer. M’en fous. De toute façon, sans mes lentilles j’y vois rien, alors je peux d’autant plus faire celle qui ne s’est aperçue de rien.

Après avoir fini les sacs et replié la tente (dans le sens du vent), j’emballe mon sac à dos dans la cape de pluie et nous rejoignons le groupe déjà paré au départ. Sauf que moi, j’ai pas déjeuné. Et quand j’ai pas déjeuné, faut rien me demander. Pas question de partir le ventre vide. Je sors donc mon petit pain, du gouda et une barre de céréales et je me pose sur un tronc en les laissant discutailler. Pas question de me prendre la tête.

XD1_ 912Non mais, ils sont tellement pressés qu’on est partis sans attendre le guide ! C’est pas possible ! On a un train à prendre ou quoi ? Pourtant, si je ne m’abuse, l’étape du jour c’est Los Cuernos – Campamento Chileno. Soit environ 11 kilomètres de chemins, de torrents et de tourbières. Pas un rail à l’horizon.

Profitons donc des magnifiques paysages et des panoramas sur les lacs, glaciers et prairies d’altitude. Ca vaut vraiment le déplacement !

XD1_ 921Après la pause déjeuner en ordre dispersé, nous reprenons les sentiers et je mène allègrement le peloton … de queue, avec Christiane, Marylise, Paul et Christian, ainsi que Danny, notre guide. Ben oui, on profite un peu. Et puis il faut bien le dire, la première montée m’a fait très mal. Heureusement, que j’ai de formidables soutiens avec Paul et Marylise. Et puis l’essentiel, c’est de récupérer rapidement, non ? Ca, ça va.

J’en profite aussi pour travailler un peu mon espagnol. C’est comme ça que Danny m’apprend qu’ici, il y a des renards, des lapins, des guanacos et des pumas. Le renard mange le lapin. Le puma mange tous les autres. Le veinard. Bon, Danny il a dit qu’il fallait rester groupir, au cas ou il y aurait des pumas dans les parages. Parce que le puma s'attaque toujours au plus faible et au plus lent d'un groupe.

XD1_ 933Et ca grimpe toujours, c’est même parfois rude. Ces pauvres onze petits kilomètres, j’ai l’impression de ne pas en voir le bout. Mais nous gardons un bon rythme, bien régulier, et finalement nous arriverons au refuge peu de temps après les premiers. Le vrai problème, ça reste le vent. Encore et toujours. Depuis que nous avons attaqué la vallée qui descend vers le refuge, nous l’avons de face, et il est parfois difficile d’avancer. A un moment, j’ai même cru m’envoler : le vent m’a soudain poussée avec mon sac vers le ravin. Réflexe de survie : mise en boule, dos au vent, agrippée au rocher. Juste attendre que ça passe. Bah, sinon, Christian serait bien venu, me chercher, non ?

XD1_ 935Mp est déjà arrivée et a pu réfléchir un peu à la question du logement. Apparemment, remonter la tente minuscule, ça la botte pas trop, d’autant qu’il y en a des déjà montées à louer, et qu’elles sont un peu plus hautes de plafond : plus de place et moins à ranger demain, ça ne se refuse pas. Allez, en attendant d’emménager, un chocolat chaud est le bienvenu. Tiens, voilà le ravitaillement qui arrive : un des hommes du relais viens de gravir le sentier, à cheval avec un cheval de bât portant les boissons.

… Hou ! la remise en route est dure. Je ne comprends vraiment pas pourquoi ma façon de marcher fait autant marrer notre guide. Non, vraiment. Allez, une bonne douche bien chaude là-dessus, et il n’y paraîtra plus. On ruse encore un peu pour accéder aux douches intérieures, mais ça valait le coup. L’attente du repas, elle, est plus difficile : dans la tente il ne fait vraiment pas chaud, mais ça doit être aussi la fatigue. On somnole un peu. Mais faut se bouger. Du coup, nous décidons de retourner au relais, même si nous sommes un peu en avance pour le repas… où nous trouvons Nico, Sylvie et Liliane avec une bouteille de vin. Ah bravo !

Au menu, soupe, porc et purée (encore !). Ah, mais il y a un goût dans la purée que j’ai du mal à identifier… Bon, on s’en fout. C’est bon, de toute façon. Nous restons encore un peu à papoter, puis regagnons nos tentes pour un repos bien mérité. Christian et Michel ronflent déjà (et quand je dis « ronflent », ce n’est pas un euphémisme). Et même Sylvie qui se prend les pieds dans tous les tendeurs n’a pas réussi à les reveiller.

20 avril 2013

La Tour prends garde - J14

Mardi 16 novembre 2010

     Réveil à cinq heures. Mon épaule m’a bien fait souffrir dans la nuit, mais ça va un peu mieux. Le petit mélange paracétamol/relajante muscular devrait y être pour quelque chose. Et me voilà en bas pour le petit déjeuner après avoir vidé ma chambre. D’un côté le sac à dos paré pour l’aventure, de l’autre la housse avec tout le reste de mes affaires : super léger, dites-donc. Désormais, c’est décidé, je ne partirai qu’avec la housse !

Le groupe des marcheurs embarque à six heures et demi dans le bus. Sont de la partie : Paul et Marylise, Lilianne et Gérard, Christian, Christiane, Michel, Sylvie, Nico, MP et moi. Le reste du groupe, Charlotte, Bernard, Isa, Raymonde, Hélène et Raymond, dorment encore. Eux ils partiront dans un moment pour l’excursion à Puntas Arenas. De notre côté, nous voilà en route pour trois jours de marche dans le parc national de Torres del Paine. L’un des plus beaux et des plus sauvages de la Patagonie chilienne (Y’a des pumas !). Rendez-vous dans trois jours... Ou pas.

XD1_ 853Le trek démarre de l’autre côté du lac Pehoe, au refuge de Paine Grande où nous emmène un bateau. Les eaux du lac sont d’une couleur turquoise étonnante, un peu laiteuse. On dirait de l’adoucissant (genre Cajoline fraîcheur des Alpes). Sur le bateau, trois gouttes de pluie s’invitent à la balade. Aïe ! On avait pourtant espéré.

XD1_ 865Au refuge, on vend des t-shirts, dont un qui me tape dans l'oeuil : un puma poursuit un randonneur avec la légende suivante : "Patagonian Fast food". Excellent! J'ai trouvé des cadeaux à ramener, là. Mais est-ce bien judicieux de les acheter maintenant alors qu'on doit crapahuter trois jours? Allez on les retrouvera bien à l'arrivée.

Daniel sera notre guide local pendant ces trois jours. Dernières vérifications avant le départ : tout le monde empaquète son sac dans des grands sacs poubelle pour garder les affaires au sec.

XD1_ 868Il faut dire que les rayons du soleil alternent rapidement avec les nuages et quelques gouttes. Nous attrapons un chemin qui s’élève doucement en longeant le massif montagneux et offre une vue magnifique sur le lac, les buissons d’un rouge flamboyant et les « tours », ces masses granitiques qui se dressent au-dessus de nous, tantôt révélant leurs étonnantes couleurs dans la lumière du soleil, tantôt noyées dans le brouillard.

A treize heures, après avoir traversé un pont suspendu au dessus du torrent (pas plus de deux personnes à la fois, sinon ça tombe), nous faisons halte au campo italiano pour déjeuner. Le temps s’est couvert un peu plus (si, c'est possible) et il commence à faire froid, d’autant que le vent s’est mis de la partie. Avec MP, nous sortons petits pains et cream cheese, fruits et chips, mais pas évident de manger tranquille quand les capes de pluie volent autour de vous. Et puis les doigts commencent à s’engourdir. De toute façon, il est déjà temps de repartir. Normalement, on doit s’enfoncer dans la vallée du français, derrière nous, première branche du mythique circuit en W de Torres del Paine. L'itinéraire mène d’abord à un premier mirador, puis une bonne heure plus tard à un deuxième qui doit offrir une belle vue sur les tours.

XD1_ 881Il y en a bien pour cinq heures aller-retour. Et compte-tenu de la météo, il n’y aura peut-être pas grand chose à voir. Perso, j’ai le dos et l’épaule qui dégustent bien (je veux ma ration de calmants !) et la tente pèse un peu. Je rejoins donc Sylvie qui a décidé d’aller directement au refuge où nous devons passer la nuit. Nico nous accompagnera. Paul, Marylise, Michel, Christian, Christiane, Lilianne, Gérard et MP laissent leurs sacs sur place et suivent Daniel dans la vallée.

XD1_ 886Nous nous acheminons donc d’un pas tranquille vers le refuge, tout en profitant du paysage. Le temps de faire quelques photos, et la pluie nous rattrape, ainsi que le vent. Et ici, les rafales c'est pas pour les lavettes. Ma cape de pluie ne résiste pas aux branches et n’est bientôt plus qu’une loque de faible utilité. En plus, elle m’empêche de voir où je mets les pieds. Et les bâtons de marche que j’ai empruntés à Hélène me gênent plus qu’autre chose en m’empêchant de me ré-équilibrer – non, je ne râle pas, je relate les faits –. Les bâtons de marche, il paraît que c’est une question d’habitude. En attendant, c’est pas mon truc.

XD1_ 892Nous descendons sur la rive du lac Nordenskjold - celui qui arrive à le prononcer correctement du premier coup gagne un filet garni - où les rafales de vent sont de plus en plus violentes. Là, je comprends ce que Nico voulait dire : « quand tu entends la rafale arriver, tu n’as qu’une chose à faire : te mettre en boule, dos au vent, et attendre que ça passe ». Sinon, on risque de rouler le long de la plage jusqu’à l’eau. Et il paraît qu’elle n’est pas chaude. Nous arrivons finalement au refuge qui domine le lac vers seize heures. Il pleut, il fait soleil, on ne sait plus que penser. Mais comme on dit, après l’effort, le réconfort. Alors avec Sylvie, on a vite trouvé le bar et pris un truc à boire, au chaud à l’intérieur. Le seul hic de l’histoire, c’est que le refuge, on n’a pas le droit d’y entrer en chaussures. Il y a donc tout un amas de chaussures de marche devant la porte, dans lequel il faudra retrouver les nôtres en sortant. Et à l’intérieur, ça sent un peu les pieds et les chaussettes mouillées.

Nico renvient après avoir réglé notre séjour. Il n’y a plus de place dans le refuge. Il va donc falloir monter les tentes. Ah, et puis, quand on campe, normalement on n’a pas accès aux sanitaires à l’intérieur, alors il faudra utiliser ceux qui donnent dehors, sur la face arrière.

Après avoir trouvé un emplacement à peu près convenable – et c’est pas peu dire, parce qu’il faut savoir se caser dans les recoins, ici – je commence à déballer la fameuse tente, dubitative… Euh ça se monte comment, ce truc ??? Moi, si c’est pas une patrouille six places, j’ai un peu du mal. Mais à force de concentration, de réflexion et de déduction, je finis par trouver le truc.

XD1_ 895Ah tiens, il manque les fils pour les tendeurs du auvent. Pas grave. On va bricoler avec de la ficelle et des nœuds marins (je vous ai dit que j’avais été scout ?). Justement, je termine le montage, assez fière de moi, il faut le dire, lorsque je vois MP apparaître au détour du chemin. On attendait le groupe beaucoup plus tard, mais finalement, il n’ont pas été jusqu’au bout parce que côté temps, c'était franchement pas ça.
Et voilà le vent qui se lève sérieusement, cette fois. Au milieu des buissons on devrait être un peu plus à l’abri du vent que certains autres. Par contre, à l’intérieur, la place se fait rare… et c’est un peu en pente. Mais bon, à cheval donné, on ne regarde pas les dents, paraît-il.

Maintenant, occupons-nous du problème sanitaires : une rapide visite à ceux du camping nous a définitivement convaincus qu’il allait falloir ruser. Non, les amas de terre noire qui passent sous les portes des douches et des WC poussés par le vent, c’est définitivement pas possible. L’air de rien, un flacon de gel douche, une brosse à cheveux et une petite serviette planqués sur nous, nous allons squatter les sanitaires intérieurs. Surtout qu’on aurait tort de ne pas en profiter, vu le peu d’affluence. L’eau est chaude, c’est un régal.

XD1_ 908Dehors, c’est la tempête. Voilà qui achève de nous convaincre que nous avons bien eu raison de profiter du repas au gîte. La cuisine est excellente, jusqu’au dessert, et il fait une chaleur bien agréable. A vingt-deux heures, nous retournons à nos tentes, en utilisant la technique de la mise en boule pour résister aux rafales. La tente a l’air de tenir le coup. Pas comme celle de Lilianne et Gérard qui s’est déchirée. Pour l’instant, ça va, il ne fait pas trop froid. Nous nous glissons dans nos sacs de couchage, et là, surprise : le mien fait de la lumière ! Si si, je te jure MP. Regarde ! Apparemment, c’est l’électricité statique due au contact entre le duvet et le sac à viande en soie qui provoque ça dès que j'y touche. Gros fou-rire.

Il semblerait que nous ne soyons pas les seules à nous marrer : à côté, je ne sais pas ce qu’ils se racontent, Sylvie et Nico, mais ça n’arrête pas. Bon, faudrait voir à baisser d’un ton là, les jeunes !

 

14 avril 2013

Magellan, nous voilà - J13

Lundi 15 novembre 2010

     Réveil à 7h30. Mais je suis tellement bien dans mon nid qu’il va me falloir au bas mot vingt minutes pour émerger. D'autant que c'est notre dernier jour à bord. Aujourd'hui, nous allons frôler les terres sauvages de l'extrême sud et le détroit de Magellan. Bon, on se retrouve au petit déj, hein.

Tiens, MP a rencontré des gens d’Ax les Thermes. Qui en plus ont travaillé avec son père… et dire qu’on est presque au bout du monde. Quand on vous dit qu'il est très petit, ce monde. D'ailleurs, on est presque au bout.

XD1_ 809Qui dit "dernier jour de croisière", dit "refaire les bagages", ce qui ne sera pas une mince affaire, je le pressens. Comme lors de l'installation, ça va être chacune son tour, vu l’exiguïté de la cellule … pardon, de la cabine. Que ça ne nous empêche de faire notre petite partie de Phase 10 quotidienne (non, ce n’est pas DU TOUT de l’addiction). Et entre jeu et bagages, on prend également le temps de contempler le paysage. C'est que nous continuons à descendre au Sud.

XD1_ 829Toujours plus au Sud... Le temps est gris, mais bizarrement pas aussi froid que ce à quoi l'on pourrait s'attendre. La mer est d'huile. Un vrai lac qui reflète les massifs inhospitaliers. C'est quand même beau, la nature sauvage !

Le grand moment du repas de midi est également l’occasion de remplir le petit questionnaire de satisfaction. Que dire ? Dans la globalité globale (Copyright H.), c’est pas trop mal. Mais côté cuisine, comment vous expliquer ça ? Le Chef aux fers à fond de cale ! Offrez-lui « La cuisine pour les nuls ». Ou mieux : engagez donc Cyril Lignac ! Bon, sans aller jusque là - trop compliqué à dire en espagnol -, j’ai quand même un peu salé l’évaluation.

XD1_ 812Dehors, au meilleur de la journée, il fait bon. On pourrait presque tomber les goretex (presque). Et pourtant, nous n’avons jamais été aussi proches du pôle Sud. Il fait 15°C, le vent a abondonné la partie et nous pouvons profiter du paysage extraordinaire. L'Evangelistas s'aventure dans d'étroits chenaux parsemés d’îles minuscules. Dans ce dédale, mieux vaut connaître sa route sur le bout des doigts. Nous frôlons littéralement ces terres abandonnées. Pas un signe de vie à l'horizon, malgré de longs moments à guetter la faune. Nous contournons la Cordillera Sarmiento à quelques miles à peine au nord de l'entrée du détroit de Magellan. Puis nous arrivons enfin en vue de Puerto Natales, notre but.

Celle qui n'a pas vraiment pu profiter de cette fin de voyage, c'est Isa, qui nous a fait une grosse migraine. Elle est allongée dans la cabine depuis un moment déjà et pas trop en état de bouger. Ce qui nous rassure, c’est qu’elle a l’habitude de cette situation. Mais il va quand même falloir s’organiser pour la débarquer. Avec les filles et Nico, on se relaie auprès d’elle dans la cabine, le temps de finir son bagage. Autour de nous, les femmes de ménage s'activent et mettent tout sans dessus-dessous pour refaire les lits de propre, en équilibre sur les couchettes - saluons ici leur efficacité : chapeau, les filles ! - Dans les couloirs aussi, c’est le bazar : tous les bagages sont dehors, les draps sales en tas, attendant d’être emmenés. Il faut dire que le bateau repart ce soir avec de nouveaux passagers. Il n’y a pas de place pour l’à peu près, dans cette belle organisation.

XD1_ 838La manœuvre d’accostage se fait à l’amarre, avec comme de bien entendu, tous les passagers sur le pont pour y assister. Puerto Natales, c’est tout petit. Donc il n’y a pas de « vrai » quai pour accoster. A la place, une rampe métallique posée sur des cubes de béton. Le commandant Flores dirige la manœuvre au talkie walkie, faisant filer ou rajuster les filins, modifier la poussée des moteurs. L’Evangelistas vient s’aligner sans heurt contre la rambarde. Puis le pont arrière est descendu. On commence par sortir les camions qui obstruent le passage, puis il va nous falloir descendre avec nos sacs et valises par la fameuse échelle par laquelle nous sommes arrivés. Avec MP et Sylvie, on a décidé de laisser passer la cohue. D’autant que mon épaule me fait bien souffrir et qu’il va falloir porter le sac à dos. Un des hommes du groupe se charge de la valise d’Isa, puis vient notre tour. Bon, MP elle a triché : elle galérait tellement avec son sac qu’un beau jeune homme l’en a déchargée jusqu’en bas. Mais pourquoi j’ai pris un sac à dos ?????

En sortant par la cale à l’arrière, nous jetons un dernier coup d’œil à notre palace flottant … avant d’être rappelés à l’ordre par l’insoutenable odeur du port. Ca sent le poisson mort, non ? Non, ça sent plutôt les égouts. Nous nous éloignons donc vers les minibus de Nancy qui nous attendent pour nous conduire à la pension (chez Nancy, donc), tandis qu’Isa descend l’escalier en chaise à porteurs.

XD1_ 840L’Hostal Nancy est une petite bicoque très sympathique et accueillante, avec des chambres partout. MP et moi, on a même droit à des chambres individuelles. Comme ça, on va pouvoir se préparer pour le trek sans se marcher dessus. Après nous être installés, nous sommes conviés au rez-de-chaussée pour un briefing sur le trek et ce dont il va falloir se munir en écumant les magasins alentours. Jonathan, de Viventura, m’avait dit que je pourrais laisser des affaires à l’hôtel, mais il avait oublié de préciser qu’elles devaient être enfermées afin d’être transportables, parce que nous, on repassera pas par chez Nancy. Mais bon, ça y est, après avoir bien cogité trois jours, j’ai ma solution logistique : je pars marcher avec mon grand sac à dos, et je mets toutes les affaires qui ne font pas le trek dans la housse de voyage du sac. Comme ça, tout est casé et enfermé, et avec le grand sac, je vais pouvoir porter la tente et le tapis de sol. Par contre, si je veux la porter pendant trois jours, il me faut impérativement du décontractant musculaire, parce que côté épaule, c’est vraiment pas l’extase. Nico, comment on dit « décontractant musculaire » en espagnol ?

- Hola ! Quisiero un relajante muscular, por favor.

Il est bien, le pharmacien. Il a tout de suite compris.

Nous continuons nos petites courses : des sous, une cape de pluie (puisque je n’ai plus de housse imperméable pour le sac à dos), des provisions pour les repas de midi, et nous voilà de retour à la pension pour la distribution du matériel. Nous récupérons chacun une tasse, ainsi qu'une tente pour deux. Pour ce qui est des assiettes, couverts et gamelles, chargement minimum. On a décidé qu’on prendrait les repas dans les gîtes plutôt que de trimballer tout le matériel et les brûleurs. Un pour le café sera amplement suffisant. MP se serait même passée de la tente, préférant dormir au gîte, mais vue l’incertitude concernant les places disponibles, mieux vaut ne pas prendre de risque. Moi ça m’est égal, même si porter la tente ça m’emballe pas plus que ça. Mais finalement, j’arrive à faire un sac bien équilibré et pas trop lourd. La tente est légère, comparé à ce que j’ai connu. Et en plus elle est toute neuve.

Dans les changements de dernières minutes, Isa ne fera pas le trek, suite à ses ennuis du jour. Trop fatiguée. Elle fera la visite de Punta Arenas avec les non marcheurs. Du coup, Sylvie doit se trouver un nouveau colocataire de tente. Pas de panique, Nico veille. En plus elle y gagne : c’est lui qui va porter le tente. Ces filles, elles savent y faire, quand même.

XD1_ 847Ce soir, profitons de notre repas, c’est peut-être le dernier civilisé que nous mangerons avant trois jours. Tout le groupe se retrouve au Maritimo, un restaurant de poissons où nous allons nous régaler de crabe et de ceviche (poisson cru mariné au citron). Puis au lit pas trop tard, car demain les marcheurs se lèvent tôt.

 

 

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